Hello à tous et à toutes !
Je suis Atryu Maxwell, je suis un auteur indépendant qui, il y a maintenant quelques années, s’est lancé dans la concrétisation d’un projet immense : la rédaction et publication d’une saga de science-fiction mêlant cyberpunk et space-opéra en quatre gros volumes de plus de 600 pages chacun.
J’ai aujourd’hui achevé les deux premiers, et j’en suis à plus de 80% du troisième, donc en bonne voie d’accomplir mon objectif.
Pourquoi je vous raconte tout ça ? Tout simplement parce que je voulais partager mon aventure (pas celle des héros de ma saga… la mienne !) ici, en espérant que certains qui seraient également sur le point de se lancer pourraient imaginer à quoi s’attendre dans les mots qui narreront mon expérience de création livresque.
Chapitre premier : Le petit Atryu et la conception narrative
L’idée m’est venue subitement. Je me suis dit : « Tu ne vas pas vivre éternellement… t’as une histoire de ouf dans la tête… Il faut la mettre sur papier, sinon tu l’emporteras dans ta tombe. Des bouquins de SF, t’en as bouffé des centaines. T’as déjà écrit de campagnes de JDR, tu sais utiliser un PC avec Word, tu devrais pouvoir t’en sortir ! »
Je me suis acheté un laptop (un truc de gaming, histoire d’être sûr et certain à 100% que j’allais devoir lutter contre les distractions), j’ai posé mes petites fesses dans un café et je me suis mis à taper des trucs sur une page blanche. (Eh ouais, « just like that ! »)
Les idées surgissaient dans mon esprit de geek les unes après les autres et les informations fusaient entre mon cerveau et mes mains. Mes doigts tambourinaient sur les touches du clavier des mots qui formaient, petit à petit…
Une histoire.
J’étais lancé… j’étais dedans… les chapitres s’alignaient les uns après les autres jusqu’à construire un pâté de texte compact de centaines de pages.
Oui, mais…
En me relisant, je réalisais (et relisais) que j’avais sacrément amélioré ma prose entre la page 1 et la 267… Du coup, ce que j’avais écrit au début jurait avec ce que je venais d’écrire et me faisait grimacer. Allez hop ! On reprend tout depuis le début.
En reprenant mon texte une seconde fois, je commençai cette fois-ci à repérer les inconsistances de manière obsessionnelle.
« Non, ce personnage ne pourrait jamais réagir de la sorte à cette situation ! C’est stupide ! »
« Ah non, là, ça joue pas avec les dates… S’il s’est passé ça avant, bah cela ne pourrait pas arriver là… et puis ce personnage, ça fait 10 ans qu’il a 26ans ! »
« Ah bah non… ce personnage-là ne peux pas faire ça là, il est mort il y a 2 ans… Du reste, ça fait deux fois qu’il meurt en fait ! ARGH ! »
Ce n’est qu’après 300 pages réécrites six fois que j’abandonnai l’idée d’écrire au pif, et décidai de dessiner une ligne temporelle avec les événements important de mon récit et leurs dates respectives.
Chapitre II : « WSH FRR ! T’as écrit un bouquin ! T’es un ouf ! »
Quatre ans plus tard, mon histoire était posée, sous la forme de mots et de phrases plus ou moins cohérentes, sur un fichier Word intitulé « AlphaExitium_Vol.I-V21-FINALV4-nonvraimentFINAL_pourdevraicettefois_v02.docx »
Ok, et maintenant ?
Il me faut un titre…
Mon roman est directement inspiré par toute la pop culture des années 80 et 90 qui a bercé mon enfance et ma jeunesse et qui a forgé l’homme que je suis aujourd’hui. Toutes ces séries animées, ces mangas, comics, romans, films et jeux video qui ont été mon refuge des horreurs de la réalité durant toutes ces années… c’était mon échappatoire, ma rédemption et mon sanctuaire imaginaire.
La toute première forme d’oblitération de la réalité par l’imaginaire… Alpha… Exitium.
Alpha Exitium était né.
Ok, et maintenant ?
On google… je me suis plongé dans les recherches de ce qu’il fallait faire après avoir rédigé une histoire dans l’espoir de la publier.
La première chose était de l’envoyer chez un professionnel pour une relecture et correction.
Une pensée macabre se logea alors dans ma petite tête : Ok, mais si le gars s’approprie mon texte et le publie avant moi ? Je ne sais plus qui m’avait donné ce tuyau, mais il m’avait été suggéré de m’envoyer une copier de mon manuscrit en courrier recommandé à moi-même, et de ne pas ouvrir l’enveloppe. Le cachet daté de la poste pouvait constituer une preuve de la date de rédaction de l’histoire et donc de la protéger contre le plagiat.
Une fois ceci fait, je finis par trouver quelqu’un avec qui j’avais envie de travailler et qui m’avais fait une offre de relecture et correction avancée honnête.
Il faut savoir que pour un service de relecture et correction d’un roman de plus de 200'000 mots, il faut compter entre 1200 et 1500 Euros, minimum. J’ai donc pété ma première tirelire.
Note : Pour ceux que ça intéresse, je peux vous donner les références de mon correcteur par DM.
Ensuite, eh bien on attend. La correction d’un tel pavé ne se fait pas en deux jours. Durant cette attente, on trip mal. Est-ce que j’ai fait le bon choix ? Était-ce bien nécessaire ? Le correcteur automatique de Word n’aurait-il pas suffit ? C’est tout de même beaucoup d’argent… etc…
Et puis finalement, le manuscrit corrigé revient. En le relisant une 117e fois, on admet volontiers que la correction pro était bel et bien nécessaire et on regrette tout de suite beaucoup moins la somme investie.
Je me retrouvai donc avec un manuscrit entièrement satisfaisant selon mes critères.
Chapitre III : Mon livre
Un super pote artiste m’avait dessiné une couverture absolument génialissime et à ce moment-là, je ne rêvais que d’une chose : tenir mon livre entre mes mains.
Je me lançai donc en quête d’un imprimeur. (Notez que je n’avais pas la moindre idée de ce qu’était un ISBN à cette époque).
Petit bémol : Je tenais A-BSO-LU-MENT à avoir mon titre en lettrage relief chromé, et il n’y avait pas 36 mille imprimeurs qui pouvaient faire cela sans que cela ne m’oblige à vendre ma voiture. (J’en ai besoin pour aller au boulot, et j’étais encore à des années-lumière de pouvoir payer mes factures avec mes écrits).
Je commande donc mes 30 exemplaires « édition spéciale sans ISBN pour mes potes » et je casse donc ma seconde tirelire.
Je distribue donc la toute première édition « Alpha Exitium vol. I : Rise of Deathless Heroes » autour de moi et j’attends les retours avec autant d’anxiété que d’excitation.
A ma plus grande surprise (nan ! Au fond de moi, je le savais !) les gens adorent et arrivent presque à me harceler pour la suite.
Du coup, après une 118e relecture et encore quelques modifications, je me lance dans le démarchage des maisons d’édition.
Chapitre IV : Le petit Atryu et les maisons d’édition
Lorsqu’on tape « maison d’édition » dans google, les premiers résultats vous revoie chez Baudelaire, Les 3 Colonnes et Vérone. Alors avec ces trois-là, c’est super parce que les soumissions de manuscrits sont ouvertes toute l’années et toutes les trois ont un comité de lecture ultra boosté qui est capable de lire un roman de 700 pages en 3 jours.
Je reçois donc trois retours positifs en moins d’une semaine. Je me dis « ah ouais, non mais je suis un génie génial ! Le nouveau Stephen King en puissance ! Arthur C. Clark et Peter Hamilton n’ont qu’à bien se tenir ! »
Cela dit, après m’être emballé comme un set Lego à Noël, 3 coupes de champagne et un petit pétard festif de célébration, je me dis tout de même que ça pue un peu la merde tout ça. Je lis donc les offres de ces maisons d’édition, et je réalise que je n’ai plus assez de tirelires pour aller de l’avant.
Et oui, comme vous le savez certainement déjà, il s’agit de maisons d’édition à compte de « pour ta pomme, petit pigeon ! ».
Je « check » les bisounours et redescend de mon nuage. Je vais devoir établir une liste de « vraies » maison d’édition, et d’après les témoignages que je lis sur le net, ça ne va pas être de la tarte.
On ne va pas se dégonfler. On est un fier représentant de la génération X. On a fait du skateboard sans protections et on a survécu les départs en vacances en voiture dans les 80s, couché sur la banquette arrière, sans ceinture, à 165 sur l’autoroute avec les deux parents qui fument à l’avant et qui refusent d’ouvrir les fenêtres car, à cette vitesse, on n’entend plus la musique.
On ne va avoir peur de quelques retours négatifs tout de même, surtout que… bah on y croit à son livre ! Il déchire mon livre !
Je concocte un dossier de soumission blindé et doté d’un AT-Field, comme les anges dans Evangelion, avec résumé, profile d’auteur, historique, pitch et tout le bordel et je commence à traquer les ouvertures de soumissions dans les maisons d’édition que j’avais sélectionnées.
(Je m’étais fait un petit fichier Excel, avec des couleurs et tout !)
Je vous jure, quand vous avez déjà fait l’expérience chercher du boulot en Suisse, vous devenez super forts en « soumission de dossiers ».
Premier retour :
« Merci pour votre soumission. Votre manuscrit, malgré ses nombreuses qualités, ne convient pas à notre ligne éditoriale car il manque de romance LGBT+ »
Ah… bah effectivement, ça parle de guerre intergalactique, de super soldats cyber-augmentés, de conspirations, manigances et luttes de pouvoir entre corpos et surtout de pilotes de chasseurs aérospatiaux issus de technologies mystiques… y’a pas trop de romance LGBTQ+… Je crois que y’a deux nanas qui s’embrassent vers la page 413, mais c’est tout.
On ne pouvait pas dire que ça commençait sur les chapeaux de roues, mais je n’allais pas me laisser emporter par une réponse négative stupide ! Hein ? Génération X, skateboard, pas de ceinture, fumée dans la voiture, tout çaaaa…
Comme j’avais sollicité une dizaine de maisons d’éditions, il me suffisait d’attendre les autres retours.
Bilan :
Sur 13 soumissions, J’ai reçu :
Une réponse négative — un email « template » où le gars (ou la nana, je sais pas, et à notre époque, on ne peut jamais vraiment savoir) avait simplement changé le titre du livre (et avait fait une faute à « Excitium »).
Une autre réponse négative ou l’on me disait que mon histoire était BEAUCOUP trop compliquée, et que le public n’était pas prêt pour ce genre de littérature.
Une réponse semi-positive où Le gars (Bertrand… je pense que même en 2025, c’était un gars) m’avait dit qu’ils étaient intéressés, mais qu’il fallait que je finisse la saga d’abord, et que je leur envoie les quatre livres en même temps.
T’es chou coco, mais ça va me prendre 10 ans pour écrire toute la saga, et je n’ai plus de tirelires ! …Sans compter que, ni toi ni moi ne savons si ta maison d’édition n’aura pas fermé d’ici là. C’est pas comme si c’était une poule aux œufs d’or, l’édition en ce moment.
Une autre réponse semi-positive où l’on me demandait de scinder mon premier volume en quatre parties car, je cite : « Les gens ne sont pas capables de lire un livre de 700 pages ».
Une réponse quelque peu intéressante d’une petite maison que le gars (là aussi, je crois qu’il n’y avait pas trop de doutes) avait créée lui-même pour éditer ses propres bouquins et qu’il ne publiait pas les œuvres d’autrui.
…et 8 soumissions qui sont toujours, après deux ans, restées sans réponse.
J’ai donc décidé de changer de stratégie.
Chapitre V : Interviews et extraits
J’ai décidé d’approcher, de ma propre initiative, des gens en relation avec le business de l’édition afin d’établir un contact plus humain.
Je suis tombé sur une petite association à l’origine d’un magazine online appelée 2PO « Science et Fiction ».
Je leur ai envoyé mon manuscrit, et ils ont été conquis par mon histoire.
Ils ont publié un petit article sur moi ainsi qu’un chapitre de mon livre dans leur magazine et nous avons fait une petite interview que vous pouvez regarder ici :
https://www.youtube.com/watch?v=Jt7D6L0Hon4
(C’était ma première interview... vous avez le droit de vous foutre de ma gueule ! ^^)
J’ai ensuite également approché le fondateur d’une maison d’édition afin de voir si on pouvait éventuellement collaborer ensemble sur la publication de mes romans.
Je lui ai offert un exemplaire qu’il a lu en diagonale et nous avons longtemps discuté des possibilités.
Donc d’après un professionnel de l’édition, mon histoire est intéressante et bien ficelée avec un world building intense, mais…
Trop longue, trop compliquée, trop de rebondissements, trop dense et… trop longue ?
Les noms des personnages n’étaient pas assez originaux (laisse-moi appeler mes persos comme je veux en fait !) et les inspirations des légendes nordiques et faisaient trop « Final Fantasy ».
…et puis il y avait des scènes de sexe et de violence (ouais, bah c’est du Cyberpunk ! pas une green romance !) du coup, on ne pouvait pas le mettre au rayon « young adult » (encore heureux !).
Je devais donc redécouper mes deux volumes de 700 pages chacun en tout plein de petits bouquins typés « young adult » afin que les lecteurs « noobs » puissent aussi faire partie de la clientèle-cible.
Il n’avait pas aimé non plus le concept de « multi-strand narrative ». Il refusait de comprendre qu’une histoire pouvais très bien contenir plusieurs personnages principaux, et qu’au lieu d’intervertir les points de vue à chaque chapitre, il serait plus simple d’écrire un livre par héro.
Bref… Je pouvais « ctrl+A -> shift+delete » et tout recommencer en remplaçant absolument TOUS les artifices narratifs originaux que je me suis donné tant de mal à développer pour en faire une jolie petite histoire de science-fiction conformiste et adaptée au public « young adult ».
Je retrais donc chez moi, un peu dépité, mais motivé à rendre mes bouquins plus accessibles à un grand public et donc plus facilement « vendables ».
Je suis même allé jusqu’à entamer une tentative de réécriture en suivant certains (pas tous) de ses conseils.
Plus j’écrivais, et moins j’aimais cette version de mon histoire.
Alors, loin de moi l’idée de jeter la pierre à cette personne qui au final a bien voulu me recevoir, m’a consacré une grosse tranche de son emploi du temps, et je suis convaincu que ses recommandations étaient pertinentes et auraient certainement augmenté mes ventes.
Cela dit, j’avais perdu la flamme… et c’était nul.
Chapitre VI : La liberté a un prix, et je n’ai plus de tirelires
Je décidai alors de me tourner vers l’option de l’édition indépendante (ou « AE » comme ils disent sur les RS).
Finalement, j’avais un texte revu et corrigé avec des retours de lecteurs explosant d’enthousiasme, une cover qui déchire, un ISBN et j’étais chaud comme un lapin de Pâques.
Après un combat acharné contre « Kindle Create », le super soft de mise en page d’amazon KDP, j’étais parvenu à obtenir un ebook ainsi que quelque chose qui ressemblait fortement à un livre broché.
Broché parce que… relié, ce n’était pas possible pour un texte de 700 pages. (Finalement, il est peut-être vraiment trop long, mon bouquin).
Il ne me restait plus qu’à me construire une communauté sur Instgram et à moi la gloire !
Ça ne pouvait pas être bien compliqué pour quelqu’un d’aussi génial qu’un auteur de science-fiction au charisme légendaire. Si tous ces idiots avec leurs cheveux fluos et leurs vidéos de pieds y arrivaient, pourquoi pas moi ?
Jamais de toute mon existence je ne m’étais trompé à ce point-là.
Je fus confronté à une terrible et cruelle réalité : Tout le monde se contrefout de moi et de mon foutu bouquin !
J’ai posté des photos, des vidéos, des anecdotes, des extraits, des illustrations (et comme je refuse d’utiliser l’IA générative, j’ai du pété deux ou trois tirelires que je n’étais pas censé toucher pour commanditer des artistes indépendants) …
Je me suis très vite aperçu que l’algorithme de Meta était conçu de telle sorte que la visibilité des postes était inversement proportionnelle à leur intérêt.
Ce n’était pas avec mes 300 malheureux followers (dont 37 nanas qui exhibaient leurs atouts sans pudeur sous un lien vers leur compte « only fans ») que j’allais devenir le prochain Philip K. Dick.
Chapitre VI : Alpha Exitus Conclusio
Tout compte fait, j’avais le choix entre remodeler mes écrits à la sauce conformiste young adult et espérer me faire publier par une maison d’édition conventionnelle…
…ou continuer à prendre un pied phénoménal à écrire des loooongues histoires de space-opéra cyberpunk avec du sexe, de la violence et plusieurs personnages principaux sans jamais pouvoir espérer un jour vendre suffisamment de bouquins pour remplir à nouveau mes tirelires.
Si vous êtes parvenu à lire tout ce charabia jusqu’à là, bravo ! Vous faites partie de ceux qui sont encore capables de rester concentrés sur un truc plus de 40 secondes. Les esprits malins de TikTok ne sont pas (encore) parvenus à redimensionner votre cerveau et je vous remercie donc pour votre ténacité.
Si, si, je vous remercie du fond du cœur, et je le pense vraiment.
J’espère néanmoins que ceux d’entre vous qui se seraient retrouvés dans des situations similaires à la mienne se sentiront moins seuls face à la misère mentale d’être un auteur indépendant.
Que la force de la littérature soit toujours avec vous…
…et avec votre esprit.
Amen.
P.S : Si vous voulez suivre mes aventures sur Instagram, et faire partie des mes 300 followers et copines only-fans, c’est ici :
https://www.instagram.com/atryumaxwell/